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Centenaire de Havila : réaffirmation du rôle de l’Eglise dans sa mission d’éducation

“Science sans conscience n’est que ruine de l’âme (Rabelais)”

Le vendredi 21, le samedi 22 et le dimanche 23 septembre ont permis à Drehu et à Tokanod de célébrer la commémoration du centenaire de la création de l’établissement de Havila.
Créé en 1918 par le Pasteur Ngönemekë Abraham Xenie, de la tribu de Tingeting, l’établissement a décidé d’organiser cette grande fête afin de rendre hommage à ces hommes et à ces femmes ayant œuvré pour l’éducation des jeunes hommes et femmes de l’île de Drehu. Parmi ces personnes, la chefferie Haudra et les descendants des familles Xenie, Ajapuhnya et Haeweng ont été mis à l’honneur pour le travail et la mission accomplis par leurs illustres ancêtres.

Les anciens élèves et personnels de Havila ont été invités à participer à ce grand événement. Les autorités coutumières, institutionnelles et religieuses ainsi que la Direction de l’ASEE ont également été conviées pour réaffirmer la place de l’enseignement privé protestant dans le paysage éducatif calédonien. Ce furent donc trois jours riches en émotions, trois jours pleins de célébrations et de témoignages entrecoupés d’animations, de débats et de conférences sur l’histoire de Havila et sur l’avenir de l’enseignement privé.

Dans une période trouble pour l’ASEE, cette commémoration nous invite également à nous interroger sur notre bilan et en particulier sur une problématique centrale : Sommes-nous toujours dans une mission exclusive de promotion de cadres kanak du pays ou sommes-nous dorénavant pour une vision ASEE de l’éducation de tous les enfants de ce pays, les futurs Do Kamo ?

Nous voyons bien que l’école publique et nos autres partenaires privés font également émerger également des promotions de diplômés kanaks chaque année. Désormais la question est : Quel est l’apport de la vision éducative de l’ASEE ? Quelle plus-value peut-elle alors apporter à cette société du Destin Commun? Et si elle était amenée à disparaître, quelles en seraient les conséquences pour ce pays ?

Le vice-recteur

Le vice-recteur, M. Ringart-Flament au centenaire de Havila

D’autres questions complémentaires peuvent sans doute être posées : la réussite éducative reste-t-elle une mission prioritaire de l’Eglise protestante de Kanaky Nouvelle-Calédonie (EPKNC ) ? Avons-nous atteint cet objectif que l’Eglise nous a confié ? Avons-nous réussi à former « les cadres » de demain ? Formons-nous aujourd’hui des personnes bien insérées socialement ? Formons-nous aujourd’hui des personnes bien assises culturellement et spirituellement ? Avons-nous évalué les résultats de cette mission ?

On peut également élargir le débat : Quels sont les enjeux de l’éducation aujourd’hui et ses nouveaux défis ? Qu’est-ce qu’éduquer aujourd’hui ? Quel modèle d’éducation doit être prôné par l’Eglise ? Pour quel modèle de société ? Pour quel futur citoyen, le Do Kamo ? Quel serait le Do Kamo de demain ?

Cet article ne saurait à lui seul répondre à toutes ces interrogations mais nous vous proposons de rappeler dans un premier temps le rôle missionnaire de l’EPKNC dans la formation des cadres kanak, puis dans un deuxième temps, de comprendre les conséquences et les enjeux d’une liquidation possible de l’ASEE. Enfin dans une dernière partie, je vous propose une ébauche de l’ambition éducative de l’ASEE, celle de la formation du Do Kamo.

A. L’ASEE ou le rôle missionnaire de l’EPKNC dans la formation des cadres kanak

Formation et évangélisation

L’évangélisation par les missionnaires a impulsé les prémisses d’une formation des premiers kanak. On peut sans aucun doute affirmer qu’éducation et évangélisation se confondaient, comme le rappelle souvent notre ministre de l’enseignement. C’était une éducation voire une formation sommaire du bon chrétien pour mieux recevoir et vivre l’Evangile.
Mais l’émergence de personnalités visionnaires comme le pasteur Ngönemekë Abraham Xenié va permettre la mise en route d’un vrai projet éducatif de formation des jeunes hommes et des jeunes femmes de Drehu.
L’implantation accélérée de l’école publique dans les îles Loyauté et dans la Grande Terre va faire émerger le constat d’une profonde injustice car les kanak sont marginalisés. Ils sont confrontés à un système scolaire aliénant qui ne prend pas en compte leur singularité culturelle et linguistique.

Le défi communautaire de réussite éducative

L’Eglise protestante décide alors avec l’aide des chefferies de relever ce défi communautaire de réussite éducative. C’est la création de l’ASEE et l’appel aux missionnaires de la Société des missions de Paris. On s’ouvre au monde.

La création des écoles protestantes va permettre de faire émerger des cadres kanak qui pourront donner à la société mélanésienne les clés de son émancipation. Il faut donc former des gens qui réussissent à obtenir des diplômes délivrés par la puissance coloniale. Les kanak s’approprient le modèle méritocratique républicain pour « voler le savoir des blancs ». C’est le pari de l’Eglise et des coutumiers sur l’intelligence.

Les premières promotions de diplômés kanak donneront raison à ce pari improbable de l’Eglise et valideront l’implantation durable de l’ASEE dans le paysage éducatif calédonien.

Un nouveau défi à relever : la promotion d’une vision ASEE de l’éducation portée par l’EPKNC

L’ASEE n’a plus le monopole de la réussite des diplômés kanak, c’est un fait. L’école publique et nos partenaires des autres directions confessionnelles remplissent également cette mission. Faut-il s’en offusquer ? Bien-sûr que non… Toutefois cette nouvelle donne nous impose de réactualiser notre mission. Il s’agit donc pour nous de porter une nouvelle ambition éducative Pays : celle de former tous les Do Kamo de ce territoire quelles que soient ses origine, culture ou religion. Il est temps pour nous de faire partager cette expertise de la philosophie éducative du Do Kamo.
L’importance de cet enjeu Pays nous interdit de pronostiquer la disparition possible de l’ASEE mais on peut toutefois se risquer à en mesurer les conséquences si cela devait malgré tout arriver. Je vous propose d’en cerner les possibles aspects dans cette deuxième partie.

B. L’ASEE en liquidation, quelles conséquences ?

Que le Dieu de nos pères nous vienne en aide… Scénario catastrophe mais potentiellement probable, nous nous refusons d’imaginer ce qu’il adviendrait si l’ASEE était amenée à disparaître. Prenons tout de même le risque de comprendre et d’analyser les conséquences d’une telle issue (que « nos vieux d’hier et d’aujourd’hui» m’excusent cette prise de risque intellectuelle). La liquidation de l’ASEE, ce serait d’abord la perte d’un modèle d’éducation pour notre pays. Ce seraient également des manques à combler dans le paysage éducatif calédonien.

Chants lors du centenaire de Havila

La perte d’une vision : celle d’un modèle d’éducation

La perte d’une vision éducative en 3D : formative, culturelle et spirituelle.

Ce serait la perte d’une vision d’un modèle d’éducation qui prend en compte la formation culturelle et spirituelle de nos enfants. Une formation multidimensionnelle qui nourrit toutes les facettes de l’enfant calédonien en construction.

La perte d’une vision communautaire et sacralisée de l’école (Alliance entre coutume, religion et formation).

Par ses établissements et écoles intégrés en tribu, l’ASEE offre une vision communautaire et sacralisée de l’école. Il n’y a pas de rupture entre école-tribu et paroisse car nos structures sont souvent associées aux activités culturelles et protestantes des tribus. Elles ont gardé également dans leur ADN cet héritage de missionnaires de l’éducation.

La perte d’un héritage des premières écoles du Destin Commun

A l’exemple de Do Neva et de Havila, l’ASEE a fourni les premières écoles qui regroupaient toutes les populations des îles et de la Grande-Terre. Elles appartiennent donc à ce patrimoine des premiers établissements qui ont eu très tôt une dimension Pays. Ce sont sans doute des « mythes éducatifs » qu’il faut réactualiser.

Des manques à combler dans le paysage éducatif

Des élèves et des personnels abandonnés

Si la liquidation était prononcée, nous aurions environ deux mille quatre cents élèves et près de cinq cents employés divers sur le carreau. Ce serait un désastre social pour nos enfants et leurs parents. Il n’est pas nécessaire de rappeler que nos personnels apportent une contribution non négligeable à l’activité économique des tribus où ils sont implantés.

Une école qui ressemble à son environnement (Intérieur et iles) et à ses élèves

Il faudrait également compenser la perte d’une organisation portée principalement par des kanak avec de nombreux cadres diplômés, donc des référents visibles pour les enfants kanak.
Ce serait également la perte du modèle d’un environnement professionnel qui traduit par la photographie de son personnel et de ses élèves, le Destin Commun. Rajoutons la dimension d’une communauté éducative élargie car les coutumiers et l’Eglise participent aux prises de décision de notre institution.

Un service public d’enseignement de proximité et d’une expertise pédagogique

Ce serait également la perte pour certains endroits (souvent isolés) du territoire d’un service public d’enseignement de proximité et la disparition d’une véritable expertise pédagogique comme en témoignent les excellents résultats des établissements comme Havila et Do Kamo (et bien d’autres !).

Pour toutes ces raisons, il est impératif que l’ASEE survive à cette crise mais cela ne nous exonère pas d’une réelle prise de conscience de nos carences de management et de gestion de l’institution. Toutefois, le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie par l’intermédiaire de sa ministre chargée de l’enseignement, Mme Hélène Iékawé, a donné des signes forts d’une réelle volonté d’aider l’Alliance Scolaire à sortir de cette situation difficile avec un certain nombre de garanties.  Saluons son courage et sa détermination !

La dernière partie de cet article a pour ambition d’éclairer le projet éducatif de l’ASEE (si on la laisse survivre à cette crise), celle de former le Do Kamo. Nous vous proposons d’abord de rappeler l’apport pédagogique de ce projet éducatif.

Le monument du centenaire de Havila

Toutefois, au-delà de l’aspect pédagogique, le projet central de l’ASEE est la formation d’un Do Kamo, mais qui est ce Do Kamo ? Selon notre projet éducatif ASEE, c’est l’homme debout, l’homme complet s’épanouissant dans la plénitude de sa personne et de sa personnalité. La difficulté qui nous est posée aujourd’hui ; comment faire partager cette philosophie éducative à tous, en particulier les non chrétiens et les non kanak ?

C. L’ambition éducative de l’ASEE : la formation du Do Kamo

C’est une vraie pédagogie qui a su conjuguer les attentes scolaires de l’école républicaine, la prise en compte des difficultés de nos élèves et l’enseignement des valeurs culturelles et spirituelles de notre société traditionnelle… Au moment où le Projet éducatif de la Nouvelle-Calédonie (PENC)  et les différentes réformes de l’Education Nationale semblent reprendre certaines de nos expérimentations (l’enseignement des langues et de la culture kanak- l’école inclusive- l’étude prise en charge par les enseignants au collège…), nous aurions aimé un peu de reconnaissance Pourquoi cet « autisme » des institutions sur notre travail !

L’ASEE : laboratoire de l’innovation et de l’expérimentation pédagogiques

Jusqu’à présent, personne (à part notre ancien Directeur, M. Billy Wapotro) n’a réellement théorisé en profondeur l’approche pédagogique de l’ASEE depuis sa création. Il y aurait pourtant beaucoup à dire : le premier postulat est la force d’innovation pédagogique de notre institution. La pédagogie portée par l’ASEE est le résultat de tâtonnements, d’expérimentations et d’innovations pour adapter les attentes de l’école française à notre public d’élèves et enrayer la spirale de l’échec scolaire. C’est un vrai travail scientifique de passeur d’universalités pour la réussite de nos enfants.

Consolider son rôle de pionnière dans les avancées pédagogiques

Il est parfois important de le rappeler : le PENC s’est beaucoup inspiré des préconisations pédagogiques de l’ASEE. Très tôt, pour nous, l’impératif de contextualisation des programmes officiels aux réalités locales s’est imposé comme une évidence parce que nous ne voulions pas cautionner un système éducatif qui fabriquait de l’échec. Nous avons donc échafaudé des expérimentations, parfois à la limite de la légalité (comme l’a « malicieusement » indiqué notre ancien Directeur Billy Qatr en présence du Vice-Recteur), pour démontrer le bien-fondé de nos approches. Nous souhaitons poursuivre et consolider cette mission de pionnier dans l’innovation et l’expérimentation pédagogiques.

L’Ambition d’une éducation totale

Selon notre projet éducatif ASEE, « L’homme est une entité complexe. Il est une personne physique, intellectuelle, affective et spirituelle. Toutes ces composantes doivent être développées et enrichies afin que l’homme soit un Do Kamo, un homme debout.  C’est donc l’ambition d’une éducation totale parce qu’on ne peut réduire l’humanité et surtout l’Océanien à sa portion congrue d’être rationnel : il est un tout. Il est social, culturel et spirituel. Il se nourrit aussi de transcendance et côtoie la nature, le visible et l’invisible.

Un meilleur service public d’enseignement Pays

Notre ambition, c’est également de confronter nos résultats avec ceux de l’enseignement public pour un meilleur service public d’enseignement. La mise en avant prochaine d’une circonscription privée nous permettra d’avoir une meilleure visibilité de nos résultats. Nous voulons une juste reconnaissance de notre investissement et de notre engagement dans le paysage éducatif calédonien. L’école calédonienne a trop souvent été instrumentalisée par le politique. Elle est également traversée par des courants idéologiques forts et elle est fortement exploitée par des intérêts corporatistes qui travestissent la réalité scolaire de ce pays. Il faut retrouver l’intérêt de l’enfant calédonien. Un nouveau paradigme doit être proposé pour repenser l’éducation dans ce pays.

La Fabrique d’un humanisme insulaire océanien ou le Do Kamo

Je propose l’idée d’un humanisme insulaire océanien (à portée universaliste). Ce que l’ASEE a fait émerger (me semble-t-il), c’est la création et la promotion d’un nouvel humanisme, un humanisme insulaire qui revient sur la suprématie de la raison des lumières sans la remettre en question fondamentalement mais qui la place sur un pied d’égalité avec la vision culturelle et spirituelle de nos petites sociétés insulaires et océaniennes. La philosophie éducative du Do Kamo, théorisée par M. Billy Wapotro permet de faire la jonction de ces deux visions.

Humanisme insulaire : le « Do Kamo », le « nidi ngome » ou le « nyipi atr » (l’apport des valeurs kanak et océaniennes dans une perspective universaliste)

En Europe avec le siècle des lumières, l’homme a été réduit à un humanisme rationnel…Il faut savoir quel type d’humanisme, on veut préserver ! Il faut passer d’un humanisme de la rationalité à un humanisme de la fraternité…  Car le sens pour nous, c’est d’abord le lien.

Le Destin commun ne se construira pas sans l’instauration et la transmission d’un imaginaire puissant de fraternité pour que chacun y trouve sa place.
Selon Billy Qatr, le Do Kamo est un homme complet dans le sens où non seulement il accède à tous les savoirs, savoir-faire, savoir-être, savoirs devenir (capacité à anticiper et à reformuler sa vision en fonction du contexte avec cette compétence de « reformulation permanente ; mais son génie réside surtout en sa capacité à tous les conjuguer harmonieusement pour aller vers une optimisation morale de sa personne. C’est le nidi ngome ou nyipi atr (« vrai homme » en nengone ou « homme accompli » en drehu).

La philosophie éducative du Do Kamo, c’est cette expertise pédagogique de conjuguer ces différents savoirs. Dorénavant, notre challenge -me semble-t-il- est de faire partager cette richesse au niveau Pays.

C’est pourquoi la dimension universaliste est importante parce que nous voulons désormais un Do Kamo ouvert, un Do Kamo bien ancré dans ses racines et qui déploie ses ailes pour rencontrer l’autre : « de nos racines vers le monde », vous vous rappelez le slogan du centenaire de Havila ?

Cela nous oblige à démontrer au niveau pédagogique l’apport des valeurs protestantes et des valeurs culturelles kanak voire océaniennes dans une perspective universaliste et intemporelle. Il est donc temps pour nous de passer d’une pédagogie de l’entre soi (la majorité des parents d’élèves qui laisse leurs enfants chez nous partage nos valeurs) à une généralisation de cette philosophie éducative du Do Kamo au niveau Pays.

Parenthèse : Pour traduire ma pensée, je vous propose de réfléchir sur la notion de solidarité, c’est une valeur républicaine mais quelle est la particularité de cette solidarité kanak ou  océanienne  qu’il faudrait enseigner ? En quoi cette solidarité kanak ou océanienne serait-elle différente de la solidarité républicaine occidentale ? Quel serait alors son apport à une vision universaliste et intemporelle de la solidarité pour l’émergence d’un destin commun ? Comment pourrait-on traduire cette valeur dans nos politiques publiques actuelles ?
C’est en répondant à ce genre de question, qu’on légitimerait la généralisation de notre philosophie éducative du Do Kamo.

Cela est tout à fait possible au regard du plan Do Kamo de la santé publique qui a été adopté cette année. Pour la première fois, le Do Kamo est entré dans les politiques publiques…Il entérine une vision océanienne de la santé, comme l’indique la définition donnée par le gouvernement : « placer l’homme au cœur de l’action publique, et de conduire les esprits vers une conception holistique de la santé de l’Homme, eu égard au concept océanien de vie. Cette vision sera plus apte à satisfaire les exigences de l’Etre en relation, physiologiques de maintien de la vie, de protection et de sécurité, sociaux et d’appartenance identitaire, d’estime et d’accomplissement de soi ». Enfin la vision océanienne voire kanak commence à irriguer en profondeur nos politiques publiques.

Les choses évoluent, il est temps pour nous d’y apporter notre contribution.

Education à une conscience communautaire en tribu et en société pour la construction d’un Destin commun

Cette éducation à une « conscience communautaire », c’est éduquer des valeurs et des compétences d’engagement et de responsabilité dans chaque espace de notre vie communautaire et sociale (en tribu et en ville) : familial, clanique, tribal, dans le district et dans la société en général. C’est vital parce que nous observons avec cette société de l’immédiateté, une forme d’érosion de notre humanité : l’injonction de flexibilité et de rentabilité permanente des individus que nous impose cette société du XXIe siècle nous amène à une obsolescence programmée des valeurs humaines de long terme que sont les notions d’engagement, de loyauté, de responsabilité et de fidélité. Il est vital d’enseigner la valorisation d’un développement « durable » des relations humaines.

Education à la sacralité (le « hmijoce », fondement de nos sociétés traditionnelles)

De manière intuitive, nous constatons aussi une dynamique de dérégulation de nos sociétés parce certains garde-fous moraux sont en train de sauter : le manque de respect envers nos aînés, les violences, les écoles qui sont saccagées… Il est impératif de perpétuer l’éducation au respect du « hmijoce » : la préservation du sacré qu’il soit culturel, religieux et pourquoi pas laïc (une laïcité dans sa version insulaire qui prône un dialogue apaisé de ces trois sacrés (voir mon article sur laïcité et EPKNC) :

  • le sacré culturel
  • le sacré religieux
  • le sacré laïc

Homme debout

Pour nous, peuple océanien, le respect du sacré ou « hmijoce », c’est un peu notre système immunitaire face aux nouvelles injonctions de la mondialisation libérale, il faut le préserver pour éviter la désagrégation de notre tissu social communautaire.

Vision océanienne de la méritocratie au service de la communauté :

L’ASEE prône un modèle méritocratique, celui de la réussite certes individuelle mais au service de la communauté au sens large du terme. Nous avons des modèles dans la vie politique comme dans la société civile : Jean Marie Tjibaou, Ieneic Iékawé, le Grand Chef Nidoish Naisseline, le sénateur Dick Ukeiwé, l’ancien Directeur de la SMSP Raphael Pidjot, le Docteur Paul Qaeze, le Maire de Lifou Robert Xowie…

Une vision de l’excellence et du «cadre kanak ou océanien» attendu pour nos sociétés insulaires

Nous souhaitons former des cadres qui apportent une vraie plus-value dans les différents espaces qu’ils côtoient, qu’ils soient en tribu ou en ville. Les « cadres » dans cette vision océanienne, ce ne sont pas forcément des personnes hautement qualifiées avec un bon niveau de vie. Ce sont toutes les personnes ressources (au niveau culturel, spirituel, éducatif, économique et social) qui agissent au profit de la communauté dans un esprit de cohésion et de solidarité.

Ingénierie de la formation à l’excellence et à la fraternité

L’ASEE a cette expertise. Elle a en son sein des personnels qui ont su développer cette approche pédagogique et didactique : celle de la formation à l’excellence et à la fraternité. Quoi qu’on en pense, les deux ne sont pas antinomiques, bien au contraire. Des établissements comme Havila ont su conjuguer ces deux exigences. Pour l’ASEE et la Nouvelle-Calédonie en général, c’est le modèle à dupliquer car c’est un établissement de son temps !

Formation des Do Kamo ouverts sur le monde : « De nos racines vers le monde »

Toutefois, comme je l’avais indiqué dans un précédent article, nous ne voulons pas former des Do Kamo refermés sur leur propre culture. Il faut leur donner les bons outils pour lire et agir sur le monde et surtout aller à la rencontre de l’autre, sans se renier.

Pour conclure

En réponse à ces pathologies de mésestime de soi et de manque de confiance que nous observons chez nos jeunes, nous proposons une autre voie, celle d’une reconnaissance de notre dignité dans notre humanité… Nous ne voulons pas former des « ombres » qui seraient en arrière-plan d’un pays carte postale, nous voulons former des Do Kamo, des hommes debout, qui se sentent humains à nouveau… C’est aussi une éducation à la reconnaissance de notre dignité d’homme ou de femme dans toutes ses dimensions formatives, culturelles, spirituelles, affectives et psychologiques.

Nous ne voulons pas d’une école qui déstructure… mais une école qui consolide !

Cet article est dédié à Mme Hélène Iékawé, membre du gouvernement chargé de l’enseignement, qui a fait preuve de patience et de courage pour nous accompagner dans cette épreuve.
Il est aussi dédié aux membres du comité centenaire de Havila et son personnel, la Chefferie Haudra et les descendants des familles Xenie, Ajapuhnya et Haeweng , les membres de l’Eglise et M.Billy Wapotro, les trois consistoires (Lössi, Wetr et Gaitcha) et tous ceux qui ont participé de près ou de loin à cette magnifique commémoration

Oleti

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