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Do Kamo : pour un nouveau projet de société : Partie III

Commençons par une histoire

Mythologie du sacré insulaire postmoderne 

Création,

Temps, Espace, Esprits, hommes,

Autrefois,

Vint le premier grand Chef : le Sacré Culturel, il ordonnança le monde et répartit les fonctions de chacun,

Vint ensuite le second grand chef : le Sacré Religieux, il bouscula le premier grand chef, fit fuir les esprits et imposa le Dieu unique. Toutefois comme ils semblaient parler le même langage, ils réussirent à vivre en relative bonne harmonie ;

Enfin vint le troisième grand Chef, le Sacré Laïc, il imposa que les deux premiers restent cantonnés au domaine privé et consacra la Raison. Il enseigna la Démocratie et imposa les principes républicains : Liberté, Egalité et Fraternité. Il développa le débat, l’argumentation et l’esprit critique.

Toutefois au bout d’un certain temps, il se rendit compte que l’homme devenu autonome et libre se montrait de moins en moins enclin à lui obéir. Nous étions au bord du chaos et de l’anarchie. Son autorité était désormais remise en question. Que faire ?

Troublé, il s’en retourna voir ces prédécesseurs :

– Grands frères, l’humanité est près de l’implosion, pourquoi se comportent-ils ainsi ?

– Petit frère, ton rationalisme a dévitalisé le monde. Ta science l’a rendu silencieux et illisible intérieurement au commun des mortels. Les hommes sont anxieux et malheureux. Ils cherchent le sens de leur existence dans une quête effrénée de la performance individuelle ou dans la consommation à outrance mais cela ne les rend pas heureux, bien au contraire !

– Que faire alors ? demanda le plus jeune des grands chefs.

Ton monde ne leur parle plus. Il faut leur apprendre à renouer une relation singulière avec le monde. Il faut leur réapprendre « le parler-monde », le Penenod ou Qenenoj.

– Mes grands frères, Je ne connais pas ce langage.

– Ne t’inquiète pas, nous allons t’apprendre.

Les 3 grands chefs se réunirent et se concertèrent pour aider les hommes à parler de nouveau avec le Monde.

Les deux premiers grands chefs concédèrent aux hommes le libre choix mais ils réaffirmèrent au grand chef Sacré Laïc, le principe du Hmijoce. Ils lui rappelèrent que ce principe est aussi constitutif d’un Etat de droit car l’homme a besoin de cadres. Ils se partagèrent les différents espaces pour nourrir l’homme de sens et l’aider à s’accomplir de manière harmonieuse.

Quand les hommes comprirent, ils firent silence puis tout à coup, ils se mirent à chanter de concert. Mais alors qu’ils chantaient, ils entendirent qu’ils n’étaient pas les seuls à chanter, les animaux et les végétaux chantaient avec eux, les vallées et les montagnes chantaient avec eux, les cailloux de rivière et les résidus de Nickel chantaient avec eux, les esprits de la forêt et les anges chantaient avec eux, le vent et la pluie  chantaient avec eux, le Tsunami et le Tremblement de terre chantaient avec eux, la Cigale et la Fourmi chantaient avec eux, les règles d’accord du participe passé et les lois de la physique quantique chantaient avec eux, Israël et la Palestine chantaient avec eux, le jour et la nuit chantaient avec eux, la vie et la mort chantaient avec eux, le dernier IPhone et la monnaie kanak chantaient avec eux…

Ils entendaient le Monde et le Monde les entendait. Ils étaient dans le Monde et le Monde était en eux.

 

Les trois grands chefs leur dirent : Homme désormais, tu es un Do Kamo. Relève la tête, va, vis et deviens.

Ecoute le chant du Monde et sur les cendres de tes anciennes peurs, danse le pilou de ta dignité retrouvée.

 

Dieu observa cela d’un air malicieux. Il souriait car cela lui plaisait !

Poursuivons avec quelques citations :

… « Nous poursuivons justement ce chemin de reconnaissance partagée, de respect réciproque et que le temps n’est plus celui de la possession unilatérale mais bien celui d’une discussion continue, exigeante, constante, d’une responsabilité prise à chaque instant d’un lien réinventé chaque jour, de ce lien qui par l’alliance des mémoires par la reconnaissance poursuivie permettra de déconflictualiser pleinement et de pacifier totalement, y compris les âmes, y compris les morsures » Cf. PDR Emmanuel Macron.

« Il [le Do Kamo] invite à une aventure commune pour la construction d’un monde nouveau où les peuples autochtones apportent à l’humanité actuelle son approche spirituelle et sociétale utile aux choix d’une nouvelle civilisation » Cf. Billy Wapotro, ancien Directeur de l’ASEE et anthropologue.

« Quand on parle d’ʹocéaniser les institutions, on ne parle pas uniquement des institutions, on parle aussi surtout de politiques publiques ». Cf. Milakulo Tukumuli (Leader de l’Eveil Océanien)

« Le temps est venu d’imprimer dans ce pays du Pacifique le sceau historique du marqueur océanien au niveau culturel, social, économique » Cf. Roch Wamytan, Leader indépendantiste et nouveau président du Congrès.

 

Ces quatre citations traduisent assez bien la dynamique de la voie du Do Kamo. La formation du Do Kamo, c’est le constat de la nécessité de la fin d’un monde ou de ses réminiscences et l’appel à l’émergence d’un monde nouveau, celui d’une nouvelle humanité qui puise dans « l’approche spirituelle et culturelle » des peuples océaniens dans un dialogue reconfiguré, équilibré et apaisé avec les valeurs de la République. Un monde qui fait sens pour tous les océaniens – quel que soit son origine- et qui doit désormais faire cesser les clivages.

Avec les accords de Matignon et de Nouméa, nous avons prôné le dialogue et la paix dans ce pays mais des castes socioéconomiques et politiques très puissantes guidées par des logiques corporatistes de rente et des process institutionnels prônant des visions idéologiques et dogmatiques « d’un autre temps » continuent de sévir car ils travestissent la réalité sociale et bloquent la transformation sociétale de ce pays, nécessaire à une revitalisation de ce vivre ensemble.

Le message du 4 Novembre et la récente élection au congrès du nouveau président ont montré que cet « ancien » monde doit disparaître ou tout au moins évoluer radicalement ! Ce mouvement de tectonique des dynamiques « socio-économiques » est en marche et il n’est pas près de s’arrêter. On le voit actuellement dans les réformes adoptées et dans les fortes résistances qu’elle engendre (la réforme du Primaire récemment annulée).

Pour accéder à cette communauté de destin dans l’optique d’un projet de société viable, mais également dans la nécessité impérative de faire émerger un nouvel humanisme insulaire océanien, trois défis (me semble-t-il) doivent être relevés :

– Réhabiliter notre insularité (I) ;

– Revendiquer notre océanité partagée et assumée (II) ;

– Rebâtir ensemble une nouvelle humanité (III)

 

A- Le Do Kamo Pour réhabiliter notre insularité

Avez-vous remarqué comment le mot prend de plus en plus une connotation négative quand on l’aborde sous le prisme économique ?…l’insularité, cela devient de plus en plus  l’isolement, le manque de moyens, les problèmes d’avions et la baisse du taux de fréquentation de nos hôtels…tendant parfois à devenir  l’alibi incantatoire des lacunes de nos politiques publiques…tout ça, c’est la faute de l’insularité !

Sans dénier la réalité économique et géographique de cette situation, il est important de sortir de cette vision péjorative et de l’envisager comme une opportunité et y voir des perspectives de développement économique et humain.

1) Sortir de la vision péjorative de l’insularité : handicapé ou réfugié !

Réhabiliter notre insularité, c’est sortir de la prévalence de ce prisme économique qui nous fait passer pour des « handicapés » géographiques. Certes, il ne s’agit pas non plus de faire un déni de réalité sur nos fragilités économiques et les bouleversements climatiques qui nous touchent au premier chef, comme la montée des eaux. Mais prenons le parti que notre vulnérabilité géographique pourrait devenir un atout sociétal, car l’insularité dans une zone géologique et climatique hostile voire en perpétuel mouvement, c’est aussi l’expérience de notre finitude…de notre vulnérabilité…C’est donc une invitation voire une injonction  au défi. On peut penser que c’est ce même défi qui a poussé nos ancêtres à voyager dans tout le pacifique et à ne pas se contenter de vivre paisiblement dans nos îles. Il y a donc intrinsèquement dans notre cartographie mentale et symbolique, cette propension à « dépasser notre insularité ».

Il n’est pas impossible aussi de penser que nous avons dans nos gènes cette capacité de répondre à l’appel de « l’Ailleurs » et à nous adapter à de nouveaux territoires au-delà de notre barrière. Il faut donc prendre notre insularité comme une chance car elle nous a sans doute formaté et nous a permis de développer une forme de génie des compétences insulaires (par exemple « la navigation traditionnelle aux étoiles » présentée par l’anthropologue polynésien Jean-Claude Teriierooiterai) que parfois nous ne percevons plus vraiment aujourd’hui.

2) L’insularité comme une chance

L’insularité, c’est donc le lieu de croisement de tous les défis : socio-économiques, écologiques, culturels et anthropologiques. C’est une invitation à penser de manière systémique des enjeux de préservation de la planète à l’échelle d’une île : développement durable, autonomie énergétique et alimentaire, économie verte et bleue, la gestion des ressources, la santé et le bien-être des populations…

Nos ancêtres ont également été confrontés à ces problématiques et on peut imaginer aisément que cela a façonné leur relation au monde : il faut donc comprendre que les pratiques socioculturelles qu’ils ont formalisées et les compétences voire les connaissances qu’ils ont acquises, sont aussi des réponses à ces réalités insulaires. Cette ingénierie se traduit dans notre cosmogonie, dans notre organisation sociale et le système complexe de nos différents réseaux, dans nos compétences et nos connaissances empiriques des relations avec la nature : nous sommes le produit de cette évolution éco systémique insulaire. Ce serait dommage de ne pas en tenir en compte dans nos politiques publiques…et en particulier à l’école !

 

Il s’agit de ne pas entrer dans une vision nostalgique du passé mais ce serait dommage de ne pas prendre en compte ce capital des ressources que nous ont léguées nos Vieux (nos « Bigdatas socioculturels »). Toutefois, il nous faut aujourd’hui développer de nouvelles compétences hybrides pour répondre aux enjeux sociétaux de notre époque. Cela doit passer par des nouvelles organisations sociales à trouver et des politiques publiques qu’il faut impérativement repenser : la dynamique amorcée par l’EPKNC, le gouvernement (avec le plan Do Kamo) et l’association « Trois générations santé NC » sur « l’éveil des consciences » est exactement la voie à suivre. Nous le voyons également dans la meilleure prise en compte des coutumiers au niveau économique, dans la justice et dans les établissements scolaires. Toutes ces avancées nous laissent penser que cela doit passer aussi par la formation de nouveaux modèles de cadres ancrés dans nos réalités insulaires et océaniennes, capables de saisir les enjeux d’un certain modèle de développement socio-économique en symbiose avec notre contexte socioculturel.

 

3)  L’insularité pour faire émerger des nouveaux Managers : des « Bigmans » 5.0

Dans un précédent article, j’ai esquissé l’idée que nous avions déjà des modèles de ce type de cadre. Ils ont marqué l’histoire de ce pays. Intuitivement, nous décelons dans leur parcours des constantes frappantes : formation socioculturelle, héritage chrétien et formation intellectuelle. Toutefois, l’histoire tragique de la Nouvelle-Calédonie et sa société multiculturelle nous laissent présager qu’il faut former un nouveau type de Do Kamo : un manager avec un leadership inclusif en milieu pluriethnique, c’est-à-dire qui doit être capable de rassembler et fédérer l’ensemble des populations de ce beau territoire si riche par la diversité de sa population.  Cet impératif d’inclusion doit concerner également la jeunesse de ce pays : nous laissons trop perdurer l’idée que la jeunesse est une variable d’ajustement des discours politiques : oscillant entre jeunesse fantasmée et jeunesse stigmatisée. Nos jeunes nous voient parfois comme des adultes autistes qui ne s’écoutent plus parler ! Je ne sais pas pour vous mais j’ai l’impression qu’ils n’ont pas vraiment tort !

Il faut cesser la « juvénophobie » et réenchanter véritablement le vivre ensemble. Cela devra passer également par le pari de la confiance qu’il faut regagner.  L’exemplarité de nos élus sera un levier puissant car l’actualité judiciaire calédonienne de ces dix dernières années a donné parfois l’impression que notre territoire, c’est un peu le pays des grands ACCORDS et des petites compromissions…Là encore, je suis sûr que vous comprenez ce que je veux dire !

Ces futurs Bigmans 5.0 devront saisir les nouveaux enjeux de ce 21è siècle et auront la capacité de conjuguer leurs savoirs socioculturels, spirituels et académiques. Ils seront connectés aux nouvelles technologies sans négliger les savoirs culturels. Il faudra formaliser une formation hybride qui leur permette de rester en connexion avec notre monde insulaire et océanien : les hommes, la nature et toute notre cosmologie si singulière, mais en donnant (à notre rythme) des perspectives réelles d’évolution de nos sociétés dans tous les domaines. Il faut habiter le 21ème siècle, et non pas vivre à côté !

La formation de deux types de Do Kamo Managers pourrait être pensée : le Do Kamo Leader institutionnel et le Do Kamo Manager économique. Chacun s’investissant dans des champs bien distincts mais en faisant appel à des potentialités transversales. Pour illustrer mon propos, le Do Kamo institutionnel pourrait repenser les politiques publiques (la santé, l’éducation, la justice, le social, l’habitat…) sous le prisme de la vision océanienne. Le Do Kamo Entrepreneur et Manager devra identifier des niches possibles de développement économique en adéquation avec notre écosystème socioculturel et environnemental : des exemples existent déjà, le Monoï en Polynésie, l’huile de Santal à Maré, la bio valorisation de nos plantes médicinales, nos produits agricoles (le coprah, la vanille, l’avocat) …

Ce ne sont que des ébauches mais ce qui importe, c’est de repenser notre modèle de développement. En Occident, des intellectuels et des penseurs anthropologues comme Pierre Rabhi nous alertent déjà sur les écueils de cette croissance économique à tout va : ELLE NE NOUS FAIT PAS GRANDIR INTERIEUREMENT ! Il faut repartir donc de nos fondamentaux.  D’ailleurs, intuitivement, nous voyons bien que certaines philosophies de vie à la mode (commerce solidaire, développement durable et inclusion sociale) sont finalement assez proches de notre univers culturel océanien. Cela veut bien dire que nous avons des réponses à apporter à ce monde postmoderne en quête de sens !

 

B- Le Do Kamo pour revendiquer notre « océanité » partagée et assumée

1) Une identité en commun et un universel en partage

Cette identité commune est sans doute ancrée dans une cosmogonie et des rituels culturels qui présentent des similitudes frappantes dans de nombreuses îles du Pacifique mais également dans certaines mythologies croisées à tous ces peuples, glorifiant souvent les épopées de héros mythologiques et totémiques qui se ressemblent.

Ce sont aussi des histoires tirées de la littérature orale, de rêves et d’odyssées (Tavaka) qui nous rappellent que les Océaniens ont toujours répondu à cet appel de l’Ailleurs (Film « Vaïana ») mais qu’ils ont su également formaliser des process culturels complexes pour accueillir l’Autre (ingénierie symbolique de l’accueil et valorisation du dernier arrivant dans nos structures traditionnelles).

Ce sont enfin des histoires d’échanges et de contacts de populations qui ont toujours existé. Ces dynamiques d’agrégation de populations ont permis d’enrichir nos réseaux dans ce continent Océanien et de développer de nouvelles compétences insulaires. Sans négliger la légitimité des peuples premiers, il faut voir l’Océanité comme un processus dynamique (donc vivant !), qui s’est enrichi de l’apport des différentes populations qui vivent dans ce beau pays : l’esprit pionner des premiers colons, le courage des populations victimes de l’Histoire qui ont tant donné pour ce pays.

Ce sont également les premiers missionnaires et la présence des différentes Eglises dans ce territoire du bout du monde. C’est également l’apport de la culture française et des valeurs républicaines, qui peut le nier ?

Enfin cette océanité, c’est aussi cette souffrance partagée que nous cherchons parfois à cloisonner dans nos mémoires sélectives. Il nous faut désormais « allier les mémoires et pacifier les « âmes », comme l’indique le discours du Président de la République Emmanuel Macron. Désormais, cette océanité devra se traduire par l’émergence de ce « corps communautaire de destin » et cela sans injonction paradoxale du politique.

Nous sommes le produit de cette alchimie si singulière mais si fragile à la fois. Cet écosystème multiculturel, humain et environnemental a une âme. Elle est là, Force cosmique qui nous relie et qui peut prendre la forme d’une énergie puissante et vivifiante : c’est l’âme océanienne des peuples du Pacifique !

2) Restaurer et réconcilier « l’âme océanienne » des peuples du Pacifique : anciens et nouveaux.

Dans le Pacifique, quelle que soit notre communauté d’appartenance, nous avons tous ce sentiment étrange et mystérieux d’appartenir à un tout qui nous rassemble. Nous identifions presqu’intuitivement dans les langues et les pratiques culturelles, des régularités qui ne laissent aucun doute sur ce constat.

A l’instar du « sentiment océanique » décrite pour la première fois dans une correspondance entre S. Freud et l’écrivain Romain Rolland, qui évoque l’idée d’une impression étrange de fusion avec le cosmos, où la conscience se dissout dans un grand tout. Personnellement, j’évoquerai l’idée d’une forme de conscience océanienne, qui pourrait se traduire par une force naturelle et mystique qui nous relie et qui peut parfois s’exprimer sous différentes formes selon les cultures océaniennes : je pense au Mana polynésien par exemple.

Cette âme océanienne (dont l’idée peut aussi se rapprocher du « Volksgeist » ou « le génie des peuples » évoqué par Herder en 1774) nous lie et elle est en reformulation permanente car elle s’est enrichi des différentes vagues de populations. Elle évoque une relation au monde singulière, qui peut prendre la forme de de diverses pratiques culturelles et artistiques dans la région Pacifique (Haka, Pilou, discours généalogiques, arts oratoires…) mais qui étrangement nous parlent et nous revivifient. De ce point de vue, nos artistes sont déjà très en avance sur ces questions (Cf. Chanson « Océanie » d’Edou).

Cette océanité partagée et assumée doit nous amener à repenser nos politiques publiques pour une transformation sociale et sociétale.

3) Notre océanité pour une transformation sociale et sociétale

Cette dynamique d’océanisation des politiques publiques est déjà amorcée mais elle reste parfois trop timide parce qu’elle est souvent confrontée à des verrous dogmatiques et idéologiques d’un autre temps. Océaniser nos politiques publiques, c’est mieux prendre en compte nos réalités socioculturelles et permettre ainsi de revitaliser ce vivre ensemble.

La prise en compte de notre insularité et de notre océanité devrait nous permettre également d’identifier de nouvelles potentialités économiques. Les nouveaux projets économiques en vogue démontrent déjà cette impulsion (bio valorisation des plantes médicinales, l’huile de Santal à Maré…).

Sans tomber dans le romantisme ethnologique, il n’est pas interdit de penser que certaines pistes sont déjà là, sous nos yeux : elles sont codifiées dans nos langues et nos cultures du Pacifique. Trouvons les clefs ! Ainsi le mot « sereï » qui veut dire arbre et médicament à la fois en langue Nengone nous oriente vers la bio valorisation des plantes médicinales par exemple. Au niveau des politiques publiques, sans parler du plan Do Kamo, il y aurait la prise en compte de nos process culturels de régulation autour du pardon et de la réconciliation au niveau de la justice. D’autres pistes sont à identifier, certaines vont nécessiter de sortir des carcans académiques qui parfois nous enferment : soyons INNOVANTS et AUDACIEUX !

Toutefois, nos sociétés océaniennes sont désormais confrontées à des maux plus graves qui se traduisent par une forme d’érosion de notre humanité. La libéralisation accélérée du Marché et l’inexorable métamorphose numérique de notre société ont fortement impacté notre vie quotidienne, impliquant des modifications des relations humaines et communautaires, de la famille, de nos rapports au Sacré, de nos cultures, du travail et des loisirs, de l’école et de la vie privée, des communications et de l’économie. Le monde s’est accéléré et il ne fait plus sens.

La voie du Do Kamo doit nous aider à rebâtir de nouveaux paradigmes pour l’émergence d’une humanité nouvelle, une humanité qui s’inspire de l’approche spirituelle et culturelle des peuples océaniens.

C- Le Do Kamo pour rebâtir notre humanité nouvelle

« Ce n’est pas un signe de bonne santé que d’être bien adapté à une société profondément malade ». Cf. Jiddu Krishnamurti, Philosophe d’origine indienne.

 

Le monde va mal et nous observons une dynamique de dérégulation de nos sociétés en Occident. Cela atteint désormais la quiétude de nos paisibles lagons. C’est le constat d’une forme de régression spirituelle et l’émergence d’un processus d’aliénation qui est en marche (voir schéma). Comment y remédier ?

 

Je propose l’idée, déjà évoquée dans un précédent article : celui d’un humanisme insulaire océanien (en lien avec le concept du Do Kamo) qui nous orienterait vers une vision éco systémique et évolutionniste de notre humanité ou pour faire simple, il s’agit de partir de notre insularité océanienne pour repenser notre humanité dans un écosystème socio-économique, culturel, spirituel et symbolique.

 

Cela nécessiterait de repenser l’école qui doit nous permettre de nous reconnecter au monde. La question est simple : formons-nous des personnes pour s’adapter à « une société profondément malade » ? Est-ce bien le rôle de l’école ? Sommes-nous dans une époque où il faut s’adapter ou mourir à petit feu ? Qu’en est-il de ceux qui ne rentrent pas dans le moule de l’école et de la société ? Qu’en est-il de ceux qui font de grandes études et qui désormais frôlent le burn-out à tout moment car l’injonction de rentabilité permanente est devenue tellement forte que ce monde ne fait plus sens également pour eux ?

 

Notre monde est sans doute en crise, il est temps pour nous de proposer des réponses…

1) Constat de régression spirituelle et culturelle

Cette crise se traduit par une accélération du monde comme l’indique le philosophe et sociologue allemand Hartmut Rosa dont je partage les différentes analyses et en particulier celle du courant sociologique de la résonnance, que je revisite sous le prisme de nos réalités socioculturelles calédoniennes voire océaniennes.

Cette accélération du temps a généré un nouveau mal du siècle, la fatigue. Les injonctions permanentes de réussite et de performance que nous renvoie la société aboutissent à une forme de lassitude d’être soi en Occident (Alain Ehrenberg). Dorénavant, nous assistons à une forme de tyrannie de rentabilité permanente. Par différents canaux (Internet, livres et revues, radio et TV…), désormais nous sommes quotidiennement assaillis pour être performant dans tous les domaines, même les plus intimes : il nous faut devenir de meilleurs bricoleurs, de meilleurs pères, de meilleurs sportifs, de meilleurs managers…Cela n’est plus tenable !

Nous observons également, comme l’indique Hartmut Rosa, que ce monde ne nous parle plus : il est devenu illisible et silencieux intérieurement. Trop de bruits, trop d’artifices, trop d’informations…A tel point que nous n’arrivons plus à entrer en résonnance avec lui.

Cette forme de régression se traduit par une forme de porosité voire une érosion de notre humanité car nous sommes désormais traversés par des émotions factices, artificielles et polluantes qui ne nous remplissent pas mais qui nous fragilisent…créant des « métastases de perte de sens » dans nos existences. Sommes-nous en train devenir des « invertébrés émotionnels » dans une « société devenue liquide » (Cf. Zygmunt Bauman) ?

Face à ce constat, face à ce risque d’aliénation, il nous faut revenir à nos fondamentaux : des pistes sont donc à chercher dans cette pré-science de l’humanité des peuples racines du monde, et en particulier celle des peuples insulaires du continent océanien…

2) Pour une vision éco systémique et évolutionniste de notre humanité en partant de notre statut d’insulaire

Avez-vous entendu parler du paradoxe vanuatais ? Souvent invoqué par les partis loyalistes comme l’exemple à ne pas suivre pour illustrer les scénarios-catastrophes autour de la phobie de l’indépendance…le Vanuatu, c’est un peu notre épouvantail depuis 30 ans…

Toutefois, sans dénier la réalité socio-économique de ce pays frère de la Mélanésie : c’est l’un des pays les plus pauvres du Pacifique, il s’avère que selon une enquête sociologique, c’est également un pays où les gens sont parmi les plus heureux au monde (4ème dans le classement HPI 2016, Happy Population Index). Alors, stratégie marketing des agences de voyage ou effet d’annonce du Pays pour la promotion de son tourisme, on n’en sait trop rien…mais il y a sans doute là un fond de vérité à creuser…tout en restant lucide sur de possibles comparaisons précipitées ente les dynamiques sociétales de nos différents archipels…

Que faut-il entendre par une vision insulaire de notre humanité ?

Il s’agit tout simplement de repenser notre humanité comme faisant partie d’un tout. Cela n’a rien de nouveau, me direz-vous ! En effet, la voie du Do Kamo réactualise un savoir ancestral : pour être en harmonie avec un univers multidimensionnel, l’homme doit se rappeler qu’il est lui-même multidimensionnel. C’est sa « nature » humaine, c’est cet écosystème qui est en lui et qui lui permet d’être en résonnance avec le monde : le monde du vivant et de l’inanimé, le monde minéral et végétal, le monde du visible et de l’invisible. C’est donc une vision ontologique et « politique ». Voilà donc la leçon que nous rappellent nos cultures océaniennes, l’homme n’est pas une entité isolée du monde qui l’entoure. Il en est partie intégrante. Cette interaction voire cette interdépendance avec le Monde qui m’entoure, c’est aussi cela qui caractérise voire qui renforce mon humanité. C’est un mouvement perpétuel vers notre humanité toujours en construction (à relier au concept de la « reformulation permanente » de Jean Marie Tjibaou).

Il faut donc voir la philosophie éducative du Do Kamo comme cette capacité à rouvrir tous nos axes de résonnance avec le monde dans toutes ses dimensions. Nos sociétés insulaires ont développé un langage singulier (me semble-t-il) pour être en relation avec le monde : le « Penenod » en langue Nengone ou le « Qenenoj » en langue Drehu (pour les besoins de mon propos, je l’appellerai « le Parler-monde »). Il faut donc comprendre derrière cet ensemble de rituels et de pratiques culturelles formalisés depuis des millénaires (et que l’on traduit sommairement par le mot « COUTUME »), comme une grammaire discursive et symbolique de notre relation au monde.

Pour les océaniens, le Monde nous parle, comme l’indiquait Michel Auffray, ancien professeur de langues et de littératures océaniennes et aujourd’hui décédé : « l’univers est constitué de signes qu’il faut déchiffrer, car la signification est dans le monde ». Ainsi en langue Nengoné, « co ule  kacen », c’est voir le signe. Percevoir « le langage des signes » du monde, c’est le connaître et c’est donc entrer en relation avec lui.

Nous entendons « le chant du monde » comme le décrit également Hartmut Rosa, il résonne en nous et parfois, dans certains moments de parfaite communion avec la nature, nous pouvons le percevoir. Dans nos sociétés communautaires, cela est particulièrement vrai dans les temps où nous sommes amenés  à communier ensemble pendant les rituels et les chants religieux (tapéras) ou culturels. Dans cet espace-temps si singulier, je fais corps avec le groupe, ce qui renforce mon estime de soi communautaire et cela me remplit de l’intérieur : je sens que cela revivifie mon humanité. Je deviens un « être agissant » dans mon espace socioculturel et symbolique !

La question est : que se passe-t-il quand je ne sais plus lire le Monde ? Que se passe-t-il quand j’ai l’impression que le Monde ne me répond plus ? Le Monde ne fait plus sens et nous avons l’impression d’être un peu perdus…Pour illustrer mon propos, je vous suggère de penser à ce phénomène naturel, qui devient hélas de plus en plus en fréquent, les échouages de cétacés qui n’arrivent plus à retrouver leur chemin car leur système de guidage par sonar est brouillé par le bruit des moteurs de bateaux. L’impact de ces bruits sous-marins à moyen et long terme est préoccupant pour nos écosystèmes si complexes et si fragiles que sont nos océans. Il n’est pas interdit de penser, en grossissant le trait, que pour nos sociétés insulaires océaniennes, nous sommes également dans ce cas de figure : trop de bruits, trop d’informations, nous n’arrivons plus à lire le Monde et à interagir avec lui. La signification n’est plus dans le Monde. Si l’océanien n’arrive plus à lire le monde au travers de ses interactions sociales et symboliques avec le Monde, alors il ne sait plus vraiment où il va. Et pour aller plus loin, Il aura cette impression tenace de ne plus vraiment être là, comme une ombre dans un monde qu’il ne comprend pas parce qu’il n’il arrive plus à le déchiffrer. C’est particulièrement vrai pour une partie de notre jeunesse un peu désemparée, nous pourrions également nous interroger sur les « signes » que la société lui renvoie.

La voie du Do Kamo doit nous permettre de réapprendre à écouter le chant du Monde car être en connexion avec notre univers, c’est vital pour nous. « S’il n’y a pas toi (être vivant, être minéral, être visible et invisible, être spirituel et symbolique), y a pas moi » (c’est-à-dire moi, dans toutes mes dimensions). Ce n’est donc pas pour rien que vous trouvez des identités totémiques (animal, végétal ou espace géographique et symbolique) chez les peuples océaniens et d’autres peuples premiers du monde. C’est donc ouvrir le cercle de l’empathie à tout ce qui forme notre écosystème vivant et inanimé, visible et invisible, physique et symbolique. Je le répète, il nous faut parfois sortir de cette injonction de rentabilité permanente qui pervertit notre relation avec le monde qui nous entoure…car nous allons droit dans le mur !

 

Partant de ce constat, il est fort probable que nous devrions repenser le format de l’école. Comme je l’avais indiqué dans un article précédent, il n’est pas impossible de penser que ce processus d’aliénation soit aussi sécrété par une école en crise de sens. En effet, si nous partons du principe qu’aujourd’hui « nos relations au monde se forment essentiellement à l’école et par l’école » …Et si ce dernier n’est pas un « territoire signifiant » pour une partie non négligeable des élèves qu’il accueille…nous avons des raisons de nous inquiéter.

3) Impératif de repenser l’école pour réapprendre à être en résonnance avec le monde

Dans son dernier ouvrage « Résonnance une sociologie de la relation au monde », le sociologue allemand Hartmut Rosa distingue d’ailleurs deux canevas de scénarios possibles à l’école : le triangle d’aliénation et le triangle de résonnance (Cf. Voir schéma). La réalité de nos classes est sans doute moins caricaturale et les enseignants vous diront que l’école du quotidien oscille entre ces deux zones.  Enseignant pendant près de 15 ans, je sais par expérience qu’il y a des séquences où nous sommes en résonnance avec nos élèves et dans d’autres cas, on va dire que c’est parfois assez laborieux !

Pour le sociologue, quatre conditions doivent être remplies pour formaliser le triangle de résonnance :

– il faut que « les élèves et les professeurs soient capables de s’atteindre mutuellement » et il faut pour cela, « un minimum de sentiments d’efficacité personnelle et de confiance mutuelle » ;

– l’enseignant est convaincu d’avoir quelque chose à dire sur le contenu de son cours ;

– les élèves doivent être suffisamment ouverts et impliqués à la question du cours ;

– une ambiance de classe qui y soit propice ;

Mais corsons un peu l’équation, nous savons pertinemment que l’école en Nouvelle-Calédonie est le réceptacle de représentations idéologiques qui restent en lien avec la situation politique du pays. Cela a son importance car des discours sur l’école sont tenus à la maison, dans nos tribus et dans la société en général. La préexistence d’une société calédonienne qui reste très inégalitaire nous fait douter également de cette mission d’ascenseur social que doit jouer l’école.  Nous sommes conscients également que les politiques éducatives de l’école (comme celle des réformes pénales d’ailleurs) sont des marqueurs idéologiques et qu’elles n’ont souvent comme raison d’être que de répondre à une commande sociétale du moment. L’école est ainsi souvent instrumentalisée par les politiques (locaux et nationaux) comme un outil de régulation politique et sociale. Je suis sûr que vous comprenez ce que je veux dire !

Parler de l’école aujourd’hui dans le débat public, c’est un peu comme entrer dans une zone de turbulences…

Pour en revenir au sujet qui nous intéresse, il est important de comprendre les mécanismes qui se jouent entre ces trois composantes du triangle didactique (tel que décrit dans ces deux canevas de scénarios cités précédemment, le triangle de résonnance ou d’aliénation) : le savoir, l’élève et l’enseignant. Au regard de l’approche du sociologue et philosophe Hartmut Rosa, trois points me semblent essentiels :

 

– l’importance de ce sentiment d’efficacité personnelle de l’élève qui sous-tend la capacité de l’enfant à être dans de bonnes dispositions pour entrer en relation avec le savoir.  Si l’école ne garantit pas cette « résonnance dispositionnelle » à l’enfant pour se confronter au savoir alors elle ne joue pas son rôle. Entendons-nous bien, il ne s’agit pas d’obliger nos élèves à adorer toutes les matières enseignées. Il s’agit de les aider à choisir celles avec lesquelles, il rentre en résonnance et qui prédétermineront son choix de cursus en fonction de ses « talents » (au sens chrétien du terme). Toutefois, le format actuel de l’école ne semble pas toujours donner à l’enfant cette confiance en soi pour entrer sereinement en relation avec le savoir. Et pour aller plus loin, il n’est pas interdit de penser que se joue dans nos classes, un mécanisme pervers d’intériorisation de ce que le professeur de psychologie expérimentale Martin Seligman a appelé le processus « d’impuissance apprise ».  Pour faire simple, certains enfants ayant vécu un passif difficile avec l’école et avec le rapport au savoir, semblent marqués par le sceau de la résignation et ne veulent plus prendre de risque à l’école. Intuitivement, les enseignants les identifient assez facilement car ils sont souvent passifs et semblent « éteints » en classe. Pour ceux-là, l’école n‘a pas vraiment joué son rôle. Sans tomber dans le psychologisme, on peut supposer que cela impactera également leur vie d’adulte : « Tout le monde est un génie. Mais si vous jugez un poisson à sa capacité de grimper à un arbre, il vivra toute sa vie en croyant qu’il est stupide » Cf. A. Einstein.   Dans ce cas de figure, mais aussi de manière générale, le rôle de l’enseignant est primordial. Ce sera notre deuxième point.

 

– l’importance du rôle de l’enseignant en tant que médium vers le savoir…L’enfant et en particulier l’enfant océanien sera sensible à l’implication de l’enseignant voire son degré de conviction pour faire partager son savoir comme le dit si bien Hartmut, « c’est au contact de l’enseignant que l’élève commence à chanter » son rapport au savoir. Je pars du postulat que ce sont principalement dans les interactions sociales entre maitre et élève que se joue la qualité de la relation avec le savoir. En effet, pour parler de l’enfant océanien, c’est moins l’érudition du maître (sans minimiser l’importance de la formation de nos enseignants qui est essentielle) mais plutôt « le feu sacré » que le professeur met dans son désir à faire partager son savoir à ses élèves. Il ne peut y avoir de Do Kamo sans un Do kamo pédagogue, qui inspire et qui interagit avec son élève avec tact et mesure pour répondre avec bienveillance aux différents besoins de ce dernier. Ce qui se joue aussi à l’école, au-delà d’une vision utilitariste et techniciste de l’éducation, c’est donc bien l’idée d’une transmission au sens noble du terme. En ce sens, elle rejoint le dernier point que je souhaite faire partager : la relation au savoir à l’école ne peut s’exonérer de la qualité de notre relation au monde.  Ce sera notre dernier point.

 

– l’importance de cette relation au monde qu’il faut développer à l’école et qui est en lien avec nos cultures océaniennes. L’école est un territoire signifiant pour nos élèves océaniens (quel que soit son origine) s’il fait le lien avec les autres espaces signifiants que l’enfant traverse dans son parcours biographique (la maison, la tribu, la paroisse, la ville, les lieux associatifs, l’entreprise, les lieux publics, la société en général). Cela implique que l’école doit aider nos enfants à dépasser cette cacophonie du monde pour identifier « des balises de sens » pour les aider à mieux s’orienter. Pour nos sociétés communautaires, ces balises se trouvent dans nos interactions sociales, en particulier dans les temps où nous communions au niveau culturel, au niveau spirituel et en matière d’éducation (voir schéma sur la grammaire du Hmijoce). La signification est dans le Monde quand nous faisons corps…quand nous chantons le monde ensemble !

Pour conclure,

Je souhaiterais revenir sur les paroles de notre hymne calédonien qui évoquent le « vivre-ensemble ». Il s’agit de l’expression « era sese » en langue Nengoné qui peut avoir deux sens : chanter ensemble dans son sens artistique mais aussi exprimer l’idée du vivre ensemble. Cette polysémie montre la richesse de nos langues et confirme que la clé du destin commun se trouve peut-être dans une meilleure reconnaissance de nos cultures respectives. « Era sese », c’est aussi grandir ensemble en humanité. Il faut donc comprendre l’enseignement des EFCK (les éléments fondamentaux de la culture kanak) comme une richesse pour l’universalité de la culture humaniste. Vous l’aurez compris, nous ne voulons pas former des touristes de la culture kanak. A ce titre, il faut souligner le travail formidable de nos deux universitaires sur ces questions : Fabrice Wacalie et Eddy Wadrawane (enseignants à l’ESPE).

 

Je nous invite donc tous à chanter ensemble…et en chantant ensemble, nous parlons au monde et le monde nous parle… Cela nécessite deux ingrédients essentiels : un espace-temps où nous faisons corps et une prédisposition à partager avec l’autre voire à entrer en résonnance avec l’autre…Et lorsque je chante, je sens que cela me remplit de l’intérieur…

 

JE SUIS DO KAMO, je chante le Monde et le monde chante en moi !

JE SUIS DO KAMO et le Do Kamo Sauveur chante en moi !

 

Cet article est dédié à tous nos « papas culturels et spirituels » (nos autorités coutumières et religieuses) et à toutes les personnes investies dans les différentes églises.

Il est aussi dédié à nos parents qui continuent de nous transmettre le Penenod pour mieux chanter le monde ensemble…

Il est enfin dédié au Lycée Do Kamo qui va fêter ses quarante ans le vendredi 6 septembre prochain. Désormais, il peut se tenir devant toute la Nouvelle-Calédonie et délivrer la parole que lui permet son statut d’homme accompli.

Ci oreton hmaïai,

Kici

 

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